François Gaillard | Mots de…la fin
2430
single,single-post,postid-2430,single-format-standard,ajax_leftright,page_not_loaded,,no_delay

BLOG

 

Mots de…la fin

Comme le dit le proverbe populaire, les meilleures choses ont une fin. Et bonne, la mode le fut indiscutablement pour moi. Depuis l’enfance, elle m’a fait rêver et aussi m’interroger, m’a d’autant plus aidé à trouver ma place dans la société que j’en ai fait mon métier, m’a offert de merveilleux moments et de belles rencontres qui demeureront de magnifiques souvenirs. Malgré mon âge avancé – surtout pour un secteur jeuniste comme la mode, alors que mon activité professionnelle a récemment pris fin, ma passion pour les vêtements n’a pas décru : voir un beau produit, le toucher, le porter continue de me procurer un profond plaisir voire une réelle émotion.

Mais parler de la mode devient de plus en plus difficile. Les critères objectifs – la qualité, la fonctionnalité, le bien-aller – qui m’ont tant servi dans l’exercice de ma profession de journaliste pour la presse professionnelle semblent disparus au profit d’un seul paramètre, l’écologie dont je ne conteste pas l’importance mais dont l’exclusivité est aussi rébarbative qu’injustifiée. La notion de beau n’a plus cours pour départager les pièces et les collections au motif qu’elle serait trop subjective, insuffisamment inventive et inclusive et le bon goût est réduit à un simple conformisme bourgeois. A la place, la créativité est érigée en totem incontestable, jusqu’à l’outrance, au mépris du raffinement et de l’attention aux détails, au seul but de calmer l’addiction à la nouveauté des consommateurs et satisfaire leur désir maladif de singularité. Foin de chic et d’élégance. Place au « style », à l’excentricité, au narcissisme et à la fatuité.

Ainsi, mon amour pour une mode au service d’un monde plus beau et mon idéal d’une mode apte à rendre le monde meilleur ne résonnent plus dans un contexte régenté par la cupidité sans limite des marques et la vanité quasi généralisée des consommateurs. L’analyse sociologique des phénomènes de mode qui m’a tant passionné et mon envie de comprendre les tendances du marché qui a guidé mon travail n’ont plus raison d’être dans un univers, selon moi, en perte de sens. Et je refuse de verser dans l’aigreur de l’incompréhension comme tant de commentateurs reconvertis et d’aligner des critiques éventuellement anachroniques ou impertinentes, sans plus aucun élan d’enthousiasme.

Il est donc temps de poser ma plume et de garder pour moi les commentaires que la mode ne cessera, au demeurant, de m’inspirer. Sans amertume aucune, car je ne cesserai de suivre – intellectuellement au moins – la mode et d’y puiser ce que je pourrai y trouver de positif. Peut-être, même, continuerai-je à mettre mes réflexions par écrit pour conjuguer, comme je l’ai fait durant ma carrière, le plaisir des mots à ma passion pour la mode. Les mots-de…

François Gaillard

Publier un commentaire

D’aussi loin qu’il m’en souvienne, la mode m’a toujours émerveillé. Par ses effets de style, bien sûr, dont j’admirais les prodiges pour embellir femmes et hommes de mon entourage, mais aussi par son pouvoir roboratif, que, très tôt, je ressentis comme un puissant catalyseur de confiance. Cette force vitale de la mode n’a jamais cessé de me fasciner, nourrissant ma passion pour la mode plus encore peut-être que ses prouesses créatives. Malgré l’expérience et les années, je continue de m’interroger sur l’origine de cette vertu quasi magique et plus largement sur le sens de la mode comme vecteur d’expression individuelle et terrain de complicité collective.

Las, les intellectuels, trop absorbés par d’autres questions plus essentielles, ne se sont pas beaucoup préoccupés du sujet et leurs trop rares réponses m’ont souvent laissé sur ma faim par la froideur de leur analyse. La presse, dépossédée de tout sens critique et même de son objectivité déontologique à l’égard d’un de ses principaux créanciers, réserve à la mode un traitement au mieux purement informatif, et plus souvent léger, à visée commerciale.

L’envie d’exprimer mes idées longtemps ressassées, mes convictions comme mes doutes, est donc à l’origine de ce site. Puisse-t-elle rencontrer un public lui aussi en proie au questionnement et demandeur de réflexion sur la mode.

Pour autant, il n’est pas question de renoncer ici au plaisir de la mode ! Trois produits, choisis en toute sincérité et scrupuleusement légendés dans l’esprit d’une consommation elle aussi réfléchie, illustrent périodiquement mon goût. Avec passion. Sans déraison.