François Gaillard | Penser
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Penser

 

Une joie à la rentrée

La fin des vacances et des beaux jours s’accompagne pour beaucoup d’une certaine mélancolie qu’il convient de compenser par quelques plaisirs en attendant les prochains congés. Non que le travail soit toujours un fastidieux pensum dénué de toute jouissance. J’espère qu’il est même, pour une majorité d’entre nous, une source d’épanouissement. Mais la vie professionnelle, d’abord fondée sur un impératif pécuniaire aussi vital qu’anxiogène, n’est idyllique que pour les plus cupides. C’est pourquoi les vacances, parenthèse autorisée d’insouciance, sont toujours si attendues et regrettées une fois passées. Associée à celles-ci, la garde-robe estivale, bien que passablement limitée, est souvent synonyme de liberté et de bonheur.

Pourtant, c’est bien le vestiaire d’hiver qui offre le plus de possibilités. Les pièces y sont plus nombreuses qu’en été, plus élaborées aussi et donc potentiellement plus variées et créatives. La palette de couleurs en est fréquemment plus étendue, avec des teintes sombres bien sûr mais aussi des couleurs vives qui ne s’interdisent plus quelques apparitions hivernales et une gamme de tons chauds souvent subtils et voluptueux. Par essence, les vêtements d’hiver sont également plus protecteurs, donc plus essentiels dans leur fonction première, plus légitimes. Enfin, la qualité y est nettement plus visible au travers d’un éventail de matières sensiblement plus large qu’en été où il se résume principalement au coton et au lin. C’est en hiver qu’on peut apprécier le cachemire, l’alpaga, l’angora, le mohair et, pour les plus chanceux, la vigogne ; toutes ces fibres animales aux douceurs particulières.

Mais c’est la laine – de mouton s’entend – qui, en hiver, s’exprime avec le plus de diversité et d’inventivité. Totalement protéiforme, elle se décline dans une infinité d’armures – de la toile entrecroisée au velours sabré ou à l’ottoman cannelé – et de points – du simple jersey au jacquard le plus savant. Issue de moult races ovines, elle revêt une multitude de touchers, du plus moelleux au plus sec, en passant par des mains glissante ou rustique. Facile à teindre, elle procure un rendu des couleurs inégalable. C’est aussi avec la laine qu’on peut composer les mélanges de fibres les plus intéressants. Mariée au mohair, elle acquiert de la raideur et du brillant ; avec de la soie, elle gagne en souplesse et en luminosité ; avec du polyamide, de la résistance et de la compacité etc. Enfin, elle fait le bonheur des créateurs qui peuvent jouer avec la beauté de ses tombers et la diversité de ses épaisseurs, aussi nombreuses qu’il y a de tailles de fil.

Avec une telle alliée, le vestiaire d’hiver ne peut qu’apporter joie et félicité. Pour un peu, on en réclamerait presque l’arrivée précoce du froid.

François Gaillard

 

D’aussi loin qu’il m’en souvienne, la mode m’a toujours émerveillé. Par ses effets de style, bien sûr, dont j’admirais les prodiges pour embellir femmes et hommes de mon entourage, mais aussi par son pouvoir roboratif, que, très tôt, je ressentis comme un puissant catalyseur de confiance. Cette force vitale de la mode n’a jamais cessé de me fasciner, nourrissant ma passion pour la mode plus encore peut-être que ses prouesses créatives. Malgré l’expérience et les années, je continue de m’interroger sur l’origine de cette vertu quasi magique et plus largement sur le sens de la mode comme vecteur d’expression individuelle et terrain de complicité collective.

Las, les intellectuels, trop absorbés par d’autres questions plus essentielles, ne se sont pas beaucoup préoccupés du sujet et leurs trop rares réponses m’ont souvent laissé sur ma faim par la froideur de leur analyse. La presse, dépossédée de tout sens critique et même de son objectivité déontologique à l’égard d’un de ses principaux créanciers, réserve à la mode un traitement au mieux purement informatif, et plus souvent léger, à visée commerciale.

L’envie d’exprimer mes idées longtemps ressassées, mes convictions comme mes doutes, est donc à l’origine de ce site. Puisse-t-elle rencontrer un public lui aussi en proie au questionnement et demandeur de réflexion sur la mode.

Pour autant, il n’est pas question de renoncer ici au plaisir de la mode ! Trois produits, choisis en toute sincérité et scrupuleusement légendés dans l’esprit d’une consommation elle aussi réfléchie, illustrent périodiquement mon goût. Avec passion. Sans déraison.