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	<title>François Gaillard</title>
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		<title>Mots de…la fin</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Apr 2026 12:29:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[François Gaillard]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Comme le dit le proverbe populaire, les meilleures choses ont une fin. Et bonne, la mode le fut indiscutablement pour moi. Depuis l’enfance, elle m’a fait rêver et aussi m’interroger, m’a d’autant plus aidé à trouver ma place dans la société que j’en ai fait...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Comme le dit le proverbe populaire, les meilleures choses ont une fin. Et bonne, la mode le fut indiscutablement pour moi. Depuis l’enfance, elle m’a fait rêver et aussi m’interroger, m’a d’autant plus aidé à trouver ma place dans la société que j’en ai fait mon métier, m’a offert de merveilleux moments et de belles rencontres qui demeureront de magnifiques souvenirs. Malgré mon âge avancé – surtout pour un secteur jeuniste comme la mode, alors que mon activité professionnelle a récemment pris fin, ma passion pour les vêtements n’a pas décru : voir un beau produit, le toucher, le porter continue de me procurer un profond plaisir voire une réelle émotion.</p>
<p>Mais parler de la mode devient de plus en plus difficile. Les critères objectifs – la qualité, la fonctionnalité, le bien-aller – qui m’ont tant servi dans l’exercice de ma profession de journaliste pour la presse professionnelle semblent disparus au profit d’un seul paramètre, l’écologie dont je ne conteste pas l’importance mais dont l’exclusivité est aussi rébarbative qu’injustifiée. La notion de beau n’a plus cours pour départager les pièces et les collections au motif qu’elle serait trop subjective, insuffisamment inventive et inclusive et le bon goût est réduit à un simple conformisme bourgeois. A la place, la créativité est érigée en totem incontestable, jusqu’à l’outrance, au mépris du raffinement et de l’attention aux détails, au seul but de calmer l’addiction à la nouveauté des consommateurs et satisfaire leur désir maladif de singularité. Foin de chic et d’élégance. Place au « style », à l’excentricité, au narcissisme et à la fatuité.</p>
<p>Ainsi, mon amour pour une mode au service d’un monde plus beau et mon idéal d’une mode apte à rendre le monde meilleur ne résonnent plus dans un contexte régenté par la cupidité sans limite des marques et la vanité quasi généralisée des consommateurs. L’analyse sociologique des phénomènes de mode qui m’a tant passionné et mon envie de comprendre les tendances du marché qui a guidé mon travail n’ont plus raison d’être dans un univers, selon moi, en perte de sens. Et je refuse de verser dans l’aigreur de l’incompréhension comme tant de commentateurs reconvertis et d’aligner des critiques éventuellement anachroniques ou impertinentes, sans plus aucun élan d’enthousiasme.</p>
<p>Il est donc temps de poser ma plume et de garder pour moi les commentaires que la mode ne cessera, au demeurant, de m’inspirer. Sans amertume aucune, car je ne cesserai de suivre – intellectuellement au moins – la mode et d’y puiser ce que je pourrai y trouver de positif. Peut-être, même, continuerai-je à mettre mes réflexions par écrit pour conjuguer, comme je l’ai fait durant ma carrière, le plaisir des mots à ma passion pour la mode. Les mots-de…</p>
<p>François Gaillard</p>
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		<title>citation nouvelle</title>
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		<pubDate>Mon, 13 Apr 2026 14:43:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[François Gaillard]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[citation]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160;&#187; Tout artiste créateur qui entend produire une œuvre digne d&#8217;intérêt ne peut faire autrement que d&#8217;être un être social relativement médiocre &#171;&#160; Glenn Gould ]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><em>&nbsp;&raquo; Tout artiste créateur qui entend produire une œuvre digne d&rsquo;intérêt ne peut faire autrement que d&rsquo;être un être social relativement médiocre &laquo;&nbsp;</em></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Glenn Gould </strong></p>
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		<title>Luxe, rage et vol huppé</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Feb 2026 17:58:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[François Gaillard]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dès les premières sociétés humaines, une forme de luxe est apparue pour distinguer les puissants. Grisés par leur pouvoir et leur suprématie sociale, ils s’offraient les objets confectionnés dans les matériaux les plus précieux, avec les savoir-faire les plus sophistiqués, synonymes de rareté et d’exception....]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Dès les premières sociétés humaines, une forme de luxe est apparue pour distinguer les puissants. Grisés par leur pouvoir et leur suprématie sociale, ils s’offraient les objets confectionnés dans les matériaux les plus précieux, avec les savoir-faire les plus sophistiqués, synonymes de rareté et d’exception. Mais encore jamais leurs maîtres d’œuvre n’avaient fait fortune de leur art ; tout au plus vivaient-ils confortablement, au prix néanmoins d’un travail acharné. Aujourd’hui, ces derniers se sont enrichis au point de devenir plus riches que leurs clients.</p>
<p>Cet état de fait ne serait pas problématique s’il ne découlait, d’une stratégie des marques visant à maximiser leurs marges à des niveaux indécents et conduisant à un dévoiement du luxe qui finira par lui être préjudiciable. Ce changement de braquet est d’autant plus choquant qu’il date du lendemain de la pandémie de covid 19, période où chacun a pris conscience de la futilité de certaines dépenses pour retrouver une certaine sagesse consumériste. Avec des prix stratosphériques et un enrobage marketing fallacieux mais cependant flatteur pour l’acheteur, les griffes parviennent à faire passer, aux yeux de clients aussi fortunés qu’ignares et vaniteux, de vulgaires articles guère plus qualitatifs que ceux de la fast fashion pour des produits de luxe. Elles sont nombreuses à proposer sans vergogne des chemises en viscose à plus de mille euros ou des vestes en polyester à deux mille euros. Et le pire est qu’elles trouvent acquéreurs, ce qui en dit long sur l’inculture et le panurgisme de ces consommateurs enragés. Ou sur leur absence de notion de la valeur tant leurs revenus – parfois tirés, il faut bien le dire, d’activités plus que douteuses – sont eux-mêmes astronomiques. Depuis plusieurs décennies, le luxe a délaissé le conservatisme bourgeois pour s’emparer de la création la plus innovante voire la plus transgressive. Mais n’est-ce pas en fin de compte de la poudre aux yeux destinée à tromper leurs clients et diminuer la qualité plus néfaste pour les marges et tellement moins spectaculaire ? J’ai moi-même constaté, dans les écoles prétendant préparer aux métiers du luxe, une absence quasi-totale de programmes dédiés aux produits, à la fabrication et aux matières, signe que ces aspects liés à la qualité sont considérés comme superfétatoires pour les futurs professionnels du luxe. Mais à présent que la création, même pour la clientèle masculine, n’est plus un frein à la consommation et qu’elle s’est élargie à la fast fashion, que reste-t-il d’autre que le prix aux clients du luxe pour se distinguer de la masse ? Un banal tee-shirt floqué d’un nom prestigieux vendu vingt ou trente fois sa valeur matérielle peut donc bien faire l’affaire ! Au final, le luxe, auto-proclamé par son positionnement prix, s’apparente de plus en plus à une vaste duperie voire une pure escroquerie en col blanc et gants de velours. Suscitant davantage la vanité, l’envie et autres passions tristes qu’il ne développe la culture et n’éveille le goût et l’expression de soi, il est aussi devenu un véritable poison social.</p>
<blockquote><p>« <em>On parle beaucoup de </em>greed-flation (inflation de la cupidité – ndr)<em> depuis quelques mois,</em> <em>l’idée qu’on est allé trop loin, trop haut, trop vite. Et qu’au bout du compte, on s’est coupé de ce client aspirationnel</em> » &#8211; Erwan Rambourg, analyste chez HSBC</p></blockquote>
<p>A part pour les finances des grands groupes, la démocratisation du luxe n’est donc pas un progrès. Elle est même la porte ouverte à une dérive du luxe vers la médiocrité avec l’apparence – les prix – du luxe. Contrairement à ce que les griffes laissent croire à la clientèle aspirationnelle, le luxe n’est pas un moyen d’intégration durable dans la société puisqu’il permet avant tout de marquer sa différence par l’apparence et l’argent, critères ô combien éphémères et clivants. Economiquement, sa prospérité ne ruisselle guère en dehors de son étroit périmètre. J’en veux pour preuve le juteux business de la maroquinerie dont pas un centime ne revient aux éleveurs, sans qui pourtant il n’existerait pas et dont on connaît la dure condition. Le luxe est même devenu un modèle économique que nombre de secteurs, plus ou moins pertinents, s’emploient à adopter tant il paraît facile et lucratif. C’est la fameuse montée en gamme, qui ne reflète pas toujours une amélioration de la qualité et fait tant de mal au pouvoir d’achat des consommateurs. La mode de luxe, aussi désirable qu’inaccessible, excite l’appétit des fashionistas et pousse les plus faibles, en fin de compte, à la consommation de mode de masse qu’elle a beau jeu, alors, de culpabiliser pour ses effets désastreux sur l’écologie. Au sortir de leurs études dans les écoles de mode, les jeunes stylistes préfèrent intégrer un groupe plutôt que de se lancer à leur compte. On les comprend, tant la concurrence avec ces mastodontes est disproportionnée. Mais le résultat est une concentration délétère des talents et des idées dans les marques établies et un sérieux manque de fraîcheur dans l’offre. Malgré ses castings inclusifs et ses discours incantatoires de diversité, la mode de luxe entretient une domination culturelle et esthétique de l’Occident sur le reste du monde. Mais pourquoi les populations dites dominées sont-elles à ce point fascinées par le luxe occidental qu’elles dépensent aveuglément des sommes exorbitantes dans des produits souvent frelatés ? Surtout que nombre d’entre elles ont développé dans le passé ou possèdent encore un luxe propre qui n’a rien à envier aux produits de luxe d’aujourd’hui. Les marques de bas de gamme sont souvent critiquées pour leur mondialisme et l’éloignement de leurs zones de production. Mais ne peut-on reprocher également aux marques de luxe de coloniser la planète avec des valeurs occidentales dégradées pour plaire au plus grand nombre ? Lorsque j’entends des dirigeants français du secteur du luxe se vanter de faire rayonner la France dans le monde, mon poil patriotique se hérisse quelque peu. Ne devraient-ils pas au contraire se montrer reconnaissants à la France pour son patrimoine culturel dont ils peuvent jouer pour faire mousser leurs marques à coups de références historiques plus ou moins légitimes ?</p>
<p>Certains professionnels, et non des moindres, commencent à s’alarmer des évolutions antinomiques des prix (marges) et de la qualité. La journaliste du Monde Juliette Garnier pointe dans un de ses articles le risque de cette inflation, citant au passage le sac matelassé 11.12 en agneau de Chanel passé de 4800 euros en 2019 à 10300 euros en 2024. D’autres responsables, chez Gucci notamment, dénoncent l’augmentation des prix comme une erreur dans la mesure où elle atteint des niveaux « <em>sans plus aucun lien avec la réalité</em> ». Le patron de la division horlogère de Chanel Frédéric Grangié s’inquiéte « <em>d’une banalisation du luxe, d’une fatigue d’être matraqué </em>(sic)<em> par le luxe</em> ». Le PDG de Prada, Andrea Guerra, dénonce « <em>une hyper inflation des prix qui n’est pas liée à la valeur du rêve</em> ». Début 2025, dans un entretien à l’AFP, un représentant de la banque UBS souligne « <em>une fatigue des consommateurs qui remettent de plus en plus en question le rapport qualité/prix proposé par certaines marques</em> ». D’ailleurs, selon le cabinet Bain &amp; Company, le secteur du luxe a perdu cinquante millions de clients en deux ans. Personnellement, j’irais jusqu’à parler d’un certain dégoût pour la cupidité sans limite de ce nouveau luxe qui relève, à mes yeux, plus de l’imposture que du rêve.</p>
<p>François Gaillard</p>
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		<title>L’avocat du diable qui ne s’habille pas en Prada</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Feb 2024 16:15:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[François Gaillard]]></dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Dans un climat social plutôt tendu et passablement moralisateur, la mode fait l’objet de nombreuses critiques. Inessentielle par nature comme l’a souligné la récente pandémie, elle est devenue un fléau pour l’environnement et, plus différenciatrice qu’assimilatrice à force de démocratisation, elle est source de tensions par les inégalités – entre les pays producteurs et les pays consommateurs comme entre les classes de consommateurs – qu’elle exacerbe. Basée sur une production en grandes séries délocalisée dans des pays à bas coût de main d’œuvre et des produits désirables à petits prix sans cesse renouvelés, la <em>fast fashion</em> est, plus encore, pointée du doigt.</p>
<p>Sous-traitant ses fabrications dans des pays en voie de développement où les normes environnementales sont inexistantes ou sciemment outrepassées, elle est complice de la pollution causée par ses partenaires industriels. Avec ses 56 millions de tonnes de vêtements vendus chaque année, elle est la principale responsable d’une accumulation de déchets textiles littéralement submersive (5,2 millions de vêtements et chaussures jetés chaque année rien qu’en Europe). Sans parler des microparticules de matières synthétiques aussi invisibles qu’indestructibles dispersées, à 35 % par sa faute, partout sur la planète. Ni des émissions de carbone qu’elle génère fatalement par les transports de longue distance inhérents à son modèle économique. Et ses dégâts ne se limitent pas là. Jouant sur des prix attractifs et des livraisons suffisamment limitées pour pousser à ne pas différer ses achats, elle rend addict des consommateurs d’autant plus tentés que ses boutiques sont à tous les coins de rue des villes du monde entier. A cet égard, je suis toujours surpris de voir, à Paris, aux bras de nombreux touristes, des sacs d’enseignes de mode rapide très probablement présentes dans leurs pays. C’est sans doute que, frustrés de ne pas pouvoir rapporter un souvenir plus typique de leur escapade dans la ville du luxe, ils se rabattent sur une acquisition plus raisonnable sensée marquée leur séjour parisien. A moins qu’ils ne soient suffisamment accros à la <em>fast fashion</em> pour ne pouvoir résister à une visite dans un de ses nombreux magasins de la capitale française. Surfant sur une autre addiction, celle aux écrans et aux réseaux sociaux, la <em>fast fashion</em> encourage la vanité et l’exhibition au détriment d’autres valeurs autrement plus nobles et altruistes comme l’esthétisme ou le partage. Certes non préméditée mais tellement opportune pour les deux parties, cette alliance diabolique atteint son paroxysme lors de vidéos particulièrement obscènes consistant à déballer face caméra le butin d’une séance de shopping aussi pléthorique qu’économique.</p>
<blockquote><p>« <em>La mode est l’imitation d’un modèle donné, et ce faisant elle répond au besoin qu’a l’individu d’être soutenu par la société, elle le met sur la voie que tous suivent, elle fait de chaque comportement individuel un simple exemple de l’universel qu’elle impose</em> » &#8211; Georg Simmel (Philosophie de la mode)</p></blockquote>
<p>L’idée originelle d’une mode démocratisée et accessible est pourtant louable. L’amoureux du textile et du vêtement que je suis ne pouvait que se réjouir de l’avènement, dans le courant des années 1980, d’une offre un tant soit peu créative à une époque où la mode masculine, particulièrement, restait très conformiste en dehors de la niche élitiste des créateurs. L’arrivée des Zara, H &amp; M et consorts permettait enfin à un plus grand nombre l’accès à une forme de beauté et pouvait contribuer à mieux éduquer les foules en matière d’habillement. Un peu plus tôt, l’Etat français, en faisant le choix de laisser choir son industrie textile, ne livrait-il pas son marché du prêt-à-porter aux mains des acteurs de la mode rapide ? Leur jeter la pierre me parait, même encore aujourd’hui, plutôt déplacé. Par ailleurs, les commandes des marques de <em>fast fashion</em> à des industriels de pays émergents ont engendré un essor de l’industrie textile de ces derniers. Au fil des années, elles ont aussi relevé le savoir-faire de ces fabricants, leur permettant ainsi de facturer de la valeur ajoutée. Enfin, dans nos sociétés consuméristes où l’acte d’achat est en soi un marqueur social, l’offre de <em>fast fashion</em> permet, faute de mieux, à une large proportion de la population de s’intégrer ou d’en avoir au moins l’illusion et de compenser une vie de labeur souvent plus abrutissante qu’épanouissante par un « petit plaisir ». Culpabiliser cette catégorie sociale en rien responsable de notre modèle de société me semble foncièrement injuste.</p>
<p>Surtout que la <em>fast fashion</em>, on le dit assez, est plutôt suiveuse de tendances – la création et la prescription revenant davantage aux marques de luxe – et à ce titre souvent un lot de consolation au désir inassouvi de pièces griffées. La responsabilité de la surconsommation de mode est donc partagée entre les marques de masse et les maisons de luxe dans une étrange complémentarité. Quant à celle du culte de l’image qui a atteint un niveau inquiétant pour le vivre ensemble et les valeurs fondamentales de notre civilisation, elle penche nettement du côté des griffes de luxe qui vantent à l’envi un idéal reposant avant tout sur l’argent et les apparences. D’autre part, les marques de <em>fast fashion</em> ont montré, depuis quelques saisons, qu’elles pouvaient amender leur modèle, en montant en gamme de façon raisonnable, avec des matières plus écologiques, ce qui devrait faire baisser la consommation sans les mettre en péril. Au vu de leurs derniers chiffres d’affaires, le consommateur semble cautionner cette évolution. Reste à celles-ci à partager davantage leurs profits avec leurs partenaires étrangers afin de les aider à produire plus propre et à mieux rétribuer leurs salariés. En étant plus transparentes sur leurs fabrications, elles peuvent du même coup accroitre les connaissances textiles de leurs clients, ce qui aboutira à rendre ces derniers moins dépendants, plus responsables et aussi à terme plus fidèles. Et il ne tient qu’aux consommateurs d’acheter moins et de conserver plus longtemps leurs habits et accessoires, surtout si leur qualité s’améliore. Personnellement, j’ai encore dans ma garde-robe des pièces acquises dans des chaînes de <em>fast fashion</em> il y a dix et même vingt ans. Pareille longévité ne peut que renforcer l’attachement à ses affaires et inciter à ne point s’en séparer. Et si la solution était de remettre du sentiment dans la mode, de considérer son vestiaire comme un compagnon de vie et non comme un simple faire-valoir ?</p>
<p>François Gaillard</p>
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		<title>Réponse à S.</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Nov 2023 16:39:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[François Gaillard]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ma chère S. D’une teneur inattendue, ton dernier message – certes sans mauvaise intention – n’en a pas moins piqué la foi profonde avec laquelle j’ai toujours exercé mon métier de journaliste de mode et la conscience professionnelle que je me suis appliqué, toute ma...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Ma chère S.</p>
<p>D’une teneur inattendue, ton dernier message – certes sans mauvaise intention – n’en a pas moins piqué la foi profonde avec laquelle j’ai toujours exercé mon métier de journaliste de mode et la conscience professionnelle que je me suis appliqué, toute ma carrière durant, à ne jamais sceller de certitudes. Aussi c’est avec un besoin légitime que je prends la plume pour te répondre. Ou plutôt le clavier, puisqu’ainsi l’occasion m’est donnée d’expliquer publiquement un ressenti que d’aucuns ont tôt fait de qualifier de nostalgique voire d’acrimonieux et, par là, de déconstruire le cliché, par trop répandu dans une société jeuniste et plus encore dans la mode, de l’obsolescence de la maturité.</p>
<p>A mon sentiment – largement et intergénérationnellement partagé – d’incompréhension face à l’emballement d’un secteur que j’ai connu plus posé mais non moins créatif, tu rétorques qu’il « <em>est facile de penser que c’était mieux avant</em> ». Venu à la mode par passion, à l’encontre d’un certain confort professionnel et de mes intérêts financiers, j’ai, en outre, fait le choix de la presse professionnelle, pourtant réputée plus fragile et moins rémunératrice, par pur intérêt intellectuel. Au-delà de cette prise de risque, je me suis toujours posé moult questions qui ont certes nourri mon inspiration et mon activité mais m’ont aussi considérablement compliqué la tâche. Je me suis également efforcé de rester ouvert aux approches et esthétiques même les plus étrangères à mes goûts personnels, quitte à me remettre en question sans complaisance ni ménagement. Globalement, je récuse donc avoir cédé à la facilité dans l’exercice de ma profession, sauf en de rares moments de faiblesse que tout un chacun connaît.</p>
<blockquote><p>« <em>Nous rions en voyant les portraits de nos aïeux, sans penser que nos neveux riront en voyant les nôtres</em> » &#8211; Denis Diderot</p></blockquote>
<p>Dans la mode, où « <em>l’individu est rivé au présent mais vit dans l’illusion de chevaucher la vague du futur</em> » comme l’écrit le philosophie Francesco Masci dans son dernier ouvrage Hors Mode, la facilité n’est pas de penser que « c’était mieux avant » mais plutôt que le passé est caduc et que « c’est mieux maintenant ». Loin de me résoudre, comme Francesco Masci, au fait que, dans la mode, « <em>la promesse n’est plus qu’une promesse de décevoir</em> », je regrette néanmoins l’éphémérisation extrême de la mode d’aujourd’hui et son reniement intrinsèque du passé l’entraînant dans une spirale infernale de renouvellement forcené et une surenchère de créativité aussi inepte que mortifère. Il y a pourtant, selon moi, des évolutions positives de la mode, comme son émancipation des codes bourgeois d’autrefois et la plus grande tolérance qu’elle a indéniablement contribué à instaurer dans la société. Sa démocratisation depuis une quarantaine d’années me semble aussi un progrès, même si celui-ci en Occident se fait parfois au détriment de populations exploitées à l’autre bout du monde et de l’environnement.</p>
<p>Je m’inscris également en faux contre ton idée que « <em>le propre de la mode est d’aller là où on ne l’attend pas</em> ». Tout en la comprenant car c’est bien ce que la mode, par calcul, veut faire croire et ce qu’il est donc courant de penser. Etonner, surprendre, quitte à choquer, est devenu un ressort essentiel de la mécanique de la mode, l’accroche première pour attirer l’attention du public et réveiller son désir. Ou plutôt de sa rhétorique car, avec un peu de recul et d’expérience, on s’aperçoit que la mode est souvent prévisible, davantage dans la redite et l’esbrouffe que dans la recherche et la création laborieuse. C’est un privilège de l’âge que de pouvoir comparer aujourd’hui avec hier ; la mode l’a bien compris, elle qui s’adresse principalement aux jeunes générations.</p>
<p>François Gaillard</p>
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		<title>nouvelle citation page d&#8217;accueil</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Jun 2023 15:59:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[François Gaillard]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#171;&#160;Quand on travaille pour plaire aux autres, on peut ne pas réussir, mais les choses qu&#8217;on a faites pour se contenter soi-même ont toujours chance d&#8217;intéresser quelqu&#8217;un&#160;&#187; Marcel Proust]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><em>&laquo;&nbsp;Quand on travaille pour plaire aux autres, on peut ne pas réussir, mais les choses qu&rsquo;on a faites pour se contenter soi-même ont toujours chance d&rsquo;intéresser quelqu&rsquo;un&nbsp;&raquo;</em></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Marcel Proust</strong></p>
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		<title>La mode, une (bonne) affaire de jeunesse</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Jun 2023 15:52:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[François Gaillard]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[penser]]></category>

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		<description><![CDATA[Au crépuscule d’une carrière professionnelle vouée à la mode, alors que ma passion ne m’a pas quitté et que j’ai toujours autant de curiosité à découvrir les collections, de plaisir à observer la conception d’une pièce ou comprendre les évolutions sociétales au travers de la...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Au crépuscule d’une carrière professionnelle vouée à la mode, alors que ma passion ne m’a pas quitté et que j’ai toujours autant de curiosité à découvrir les collections, de plaisir à observer la conception d’une pièce ou comprendre les évolutions sociétales au travers de la mode, il me parait légitime de m’interroger sur la relation de plus en plus exclusive voire fusionnelle qu’elle entretient avec la jeunesse.</p>
<p>Il est vrai qu’avec l’âge, la plupart des femmes et, plus encore, des hommes, libérés du besoin de séduire ou de s’affirmer socialement, se désintéressent souvent de leur apparence. Forts de leur vécu, ils deviennent plus conservateurs, retranchés sur leurs acquis, moins ouverts à la nouveauté et peu disposés aux remises en question – fussent-elles simplement esthétiques – qu’implique la mode. En son temps, Goethe affirmait déjà : « <em>vieillir, c’est se retirer progressivement du monde des apparences </em>». Pourtant, en vieillissant, les vêtements s’avèrent bien utiles pour compenser le déclin du charme naturel et cacher les ravages du temps ! « <em>Une femme qui vieillit doit être à la mode ; seule une jeune femme peut être à sa mode</em> » notait la très lucide Coco Chanel. Sans moins de sagacité mais avec plus d’humour, Francis Bacon déclarait : « <em>Quand on est vieux, il faut prendre soin de soi, même si cela ne limite pas le naufrage</em> », lui qui portait une grande attention – et consacrait un budget conséquent – au choix de ses costumes. A leur décharge, les seniors – selon l’appellation euphémisée d’usage – n’ont pas tous les torts lorsqu’ils tournent le dos à la mode. Littéralement invisibilisés dans le paysage de la mode, ils sont absents des publicités et défilés des marques – pourtant promptes à s’auto-proclamer inclusives par ailleurs – qui se refilent leur marché tel un mistigri porteur d’image vieillotte et de ventes poussives. Comme j’ai pu le constater lors d’une enquête sur le sujet pour le regretté Journal du Textile au printemps 2022, pour laquelle j’eus toutes les peines du monde à décrocher des interviews.</p>
<blockquote><p>« <em>L’un des deux interlocuteurs était un civil au maigre visage ridé, bilieux et glabre ; il approchait de la vieillesse, quoiqu’il fût habillé comme le plus élégant des jeunes gens</em> » &#8211; Léon Tolstoï (Guerre et Paix)</p></blockquote>
<p>A l’inverse, les jeunes font l’objet de toutes les attentions des marques dont ils sont les proies idéales. Prétendument à l’apogée de leur charme, ils ne peuvent qu’adhérer à des collections fortement axées sur la séduction. En quête de leur place dans la société, ils s’achètent des symboles statutaires rassurants dans une mode regorgeant de logos et autres signes ostentatoires. En pleine construction identitaire, ils trouvent, dans les propositions des griffes, des réponses toutes faites à leurs questionnements au mieux en phase avec les archétypes du moment, au pire favorisant la frime et la vanité plutôt que la sincère expression de soi. Avec les réseaux sociaux et la socialisation précoce qu’ils instaurent, les marques de mode peuvent cueillir les jeunes de plus en plus tôt, quand repères et valeurs leur font encore défaut et qu’ils sont le plus sujets aux addictions. Pour refermer leurs pièges, les marques s’associent à d’autres domaines tels que la musique et le sport dont les jeunes sont friands, allant jusqu’à recruter leurs directeurs artistiques parmi les célébrités, comme Vuitton vient de le faire avec Pharrell Williams. Une véritable provocation aux étudiants des écoles de stylisme et modélisme et aux professionnels chevronnés des studios et des ateliers qui mettent tant d’années à maîtriser la technique.</p>
<p>Certes, en s’adressant aux jeunes, la mode s’est délestée du carcan conformiste qui l’a longtemps bridée. Ainsi que l’écrit Roland Barthes dans son <em>Système de la mode</em>, « <em>toute mode nouvelle est refus d’hériter, subversion contre l’oppression de la mode ancienne ; la mode se vit elle-même comme un droit naturel du présent sur le passé </em>». Mais n’y avait-il pas aussi dans les codes de bienséance et d’élégance d’autrefois une forme de respect d’autrui ? Si elle invite – saluons-le – à la tolérance, la liberté vestimentaire d’aujourd’hui n’en est pas moins au service d’un individualisme décomplexé peu favorable à un climat social serein. Le comportement des acteurs de la mode à l’égard des jeunes me fait penser à celui de parents coupables, prêts à toutes les concessions pour obtenir l’absolution de leur progéniture. Alors qu’en pleine crise écologique, il s’agit plutôt de donner au consommateur – même juvénile – le sens des responsabilités. De plus, en matraquant <em>ad nauseam</em> l’image d’une jeunesse dorée, les marques cultivent le mythe d’une période forcément heureuse et par là une injonction au bonheur qui ne laissent certainement pas de faire de nombreuses victimes. Ce parti pris, en outre, ne fait que creuser le fossé entre les générations alors que nos sociétés divisées ont tant besoin de cohésion, voire de solidarité face aux défis qui se présentent. Plutôt que d’entretenir le conflit de générations caractéristique des sociétés bourgeoises au travers d’une rébellion de façade qui se commet avec le pire cynisme du capitalisme, la mode ne pourrait-elle pas plutôt contribuer au dialogue, au partage et à la transmission, sans tomber pour autant dans le ventre mou d’une offre par trop consensuelle ? Une fois encore, je prête à la mode de nobles ambitions quand ses responsables ne lui assignent que des objectifs mercantiles. La dure réalité des affaires – comme celle de l’âge qui avance – me rattrapera bien assez tôt…</p>
<p>François Gaillard</p>
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		<title>Moditation 2</title>
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		<pubDate>Wed, 28 Apr 2021 16:35:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[François Gaillard]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[penser]]></category>

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		<description><![CDATA[Plus d’un an après l’arrivée du virus Sars-CoV-2 en Europe, alors que confinements et restrictions sévissent encore dans de nombreux pays, la mode est dans un drôle d’état. Telle une bête blessée, elle avance à vue dans le brouillard de la crise, trébuchant sur des...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Plus d’un an après l’arrivée du virus Sars-CoV-2 en Europe, alors que confinements et restrictions sévissent encore dans de nombreux pays, la mode est dans un drôle d’état. Telle une bête blessée, elle avance à vue dans le brouillard de la crise, trébuchant sur des chimères, s’appuyant sur de provisoires expédients pour continuer sa route bon an, mal an. Elle paraît surtout mal dans ses baskets, tiraillée entre deux alternatives dystopiques, clairement antinomiques et pourtant cruciales pour son avenir.</p>
<p>D’un côté, elle culpabilise d’avoir gaspillé tant de ressources, industrialisé massivement sa production, surexploité la mondialisation depuis plus de quarante ans. Tout cela pour finalement impacter lourdement l’environnement et se voir décerner le titre peu glorieux de deuxième industrie la plus polluante. Cataloguée ‘non essentielle’ par tous les gouvernements dans le monde, elle a pris conscience de son caractère superfétatoire au regard de causes ô combien prioritaires telles que la lutte contre la pauvreté, pour les libertés, pour la santé et également de bonheurs simples comme partager un repas en famille ou un moment d’amitié, communier avec la nature ou se cultiver. Pour battre sa coulpe, elle peut compter – façon de parler – sur le discours moralisateur ambiant, cette petite musique de la réprobation faite de belles paroles sur des airs accusateurs qui berce notre époque. Si bien que ses remords et résolutions paraissent suspects, peut-être de la poudre aux yeux pour se mettre au diapason de l’air du temps. Dans un article publié dans le magazine M du Monde ce mois d’avril 2021, Luke Meier, co-directeur artistique de Jil Sander avec son épouse Lucie, fustige la « <em>logique contemporaine de la gratification immédiate</em> » et propose, « <em>pour y résister,…de créer dans une continuité, sans rendre la collection précédente caduque, et de fabriquer de la très bonne qualité</em> ». <em>« Si nous faisons notre travail correctement</em>, ajoute-t-il, <em>vous devez pouvoir porter notre chemise pendant longtemps sans qu’elle ne se délite ni ne s’affadisse</em> ». En fait, la solution – certes radicale – pour stopper les dégâts de la mode sur l’environnement et ses nuisances sociales serait d’arrêter toute production pendant quelque temps, d’épuiser les stocks pour remettre les compteurs à zéro et de relancer la machine sur un tempo lent, avec des collections plus durables et plus essentielles, à des prix réalistes, sans le fossé qui existe aujourd’hui entre le luxe et le <em>mass market</em>.</p>
<blockquote><p>« <em>Il y a une différence fondamentale entre le changement et le devenir. Les choses qui ‘deviennent’ sont rares, exposées à la méconnaissance et peut-être à la disparition. Devenir, ce n’est pas la même chose que d’importer le changement, l’installer, le vouloir à tout prix, mettre les gens dans une espère d’impératif de changement – qui est le crédo de la mode par exemple – dont ils ne sortiront plus »</em> &#8211; Jean Baudrillard</p></blockquote>
<p>Au lieu de cela, la mode continue de tourner à toute force, sous la pression d’un modèle économique intransigeant et de consommateurs insatiables, palliant la fermeture des boutiques par la vente en ligne. Une pure ineptie, quand on y songe, consistant à vendre des produits caractérisés par leur qualité et leur bien-aller, sur la simple foi d’une description sommaire et de quelques photos approximatives. Que la mode s’arrange d’un tel pis-aller peut se comprendre pour maintenir un minimum son activité. Mais pourquoi les consommateurs acceptent-ils pareille concession ?  La première explication est leur impatience à retrouver la vie normale et leur désir d’anticiper son retour par l’achat précoce de leurs tenues de sorties. Comme si devancer les effets – vestimentaires, en l’occurrence – du déconfinement pouvait en hâter la venue. Comme deuxième raison à cet accommodement, on peut avancer qu’en manque de vacances et autres dépenses hédonistes, les consommateurs se ruent sur la mode pour compenser leurs privations et récompenser leur stoïcisme. Et ce d’autant plus qu’ils disposent d’excédents budgétaires que leur laissent cette relative abstinence. L’usage quasi permanent des écrans contribue également à faciliter ce genre de palliatif, à le favoriser même, comme un réflexe, en dépit du bon sens le plus élémentaire. Acheter sur écran – pour s’y afficher ensuite – ne peut qu’encourager cette culture de l’image qui dépossède la mode de sa composante interactive : « <em>en permettant à chacun d’être le centre du monde, l’image autoréférentielle abolit l’idée de consensus ou de lien social</em> », dixit Annie Le Brun, essayiste et co-autrice, avec le philosophe Juri Armanda, de l’ouvrage <em>Ceci tuera cela. Image, regard et capital</em>. Plus grave, les consommateurs pourraient présenter une dépendance au shopping et à la nouveauté que, faute de boutiques ouvertes, ils assouvissent sur la toile. Quel plaisir offre alors la mode vécue sous la double addiction aux écrans et à la consommation ? Et quel manque cette sujétion tend-elle à combler ? Quel mal-être cherche-t-elle à dissimuler ?</p>
<p>Que la mode tire des leçons de cette épreuve sanitaire et remédie aux dysfonctionnements, aux outrances et aux injustices que ces événements ont mis au jour s’avère assurément salutaire voire urgent et impératif. De là à la bannir en la déclarant ‘inessentielle’, il y a toutefois une large marge qu’il serait regrettable de franchir. Car le superflu est aussi indispensable à la vie que le vital à la survie. Et, comme le déclare Stéphane Mallarmé, « <em>la mode est l’insaisissable esprit qui préside à la fabrication du décor familier de notre existence quotidienne</em> ».</p>
<p>François Gaillard</p>
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		<title>citation nouvelle</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Apr 2021 18:19:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[François Gaillard]]></dc:creator>
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		<description><![CDATA[« La marge, c’est ce qui tient la page » Jean-Luc Godard]]></description>
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<p style="text-align: center;"><strong>Jean-Luc Godard </strong></p>
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		<pubDate>Tue, 06 Oct 2020 18:10:55 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[« Tout n’est que signe, masque et symbole. Et peut-être qu’un jour, nous saurons de quoi » Paul-Jean Toulet]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;">« <em>Tout n’est que signe, masque et symbole. Et peut-être qu’un jour, nous saurons de quoi</em> »</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Paul-Jean Toulet</strong></p>
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